Dans la Drôme, l’alerte de 216 élus ruraux : il faut s’occuper des “oubliés du téléphone fixe”

 TRIBUNE. L’alerte de 216 élus ruraux : il faut s’occuper des “oubliés du téléphone fixe”

Célia de Lavergne, députée LREM de la Drôme, et 215 maires et élus ruraux s’alarment contre le fait qu'”un service de base comme le simple accès à une ligne fixe” ne soit plus garanti pour une partie de la population. Ils en appellent à un “effort inédit” d’Orange, dont la convention avec l’Etat s’est achevée.

Célia de Lavergne, députée LREM de la Drôme, en 2017 à l'Assemblée nationale.
Célia de Lavergne, députée LREM de la Drôme, en 2017 à l’Assemblée nationale.(Sipa)

“Cette tribune s’adresse à Orange, dont le silence assourdissant creuse le sentiment d’abandon de nos territoires ruraux. Elle s’adresse à l’Etat qui a les moyens de mettre fin à cette situation intolérable et injuste. Elle s’adresse enfin aux Français afin qu’ils prennent conscience de l’inégalité criante que subissent nos territoires devant l’accès au service, dit ‘universel’, de téléphonie fixe.

Comment accepter qu’en 2020 des personnes âgées soient laissées seules chez elles, sans ligne fixe, sans téléassistance, des semaines durant? Que nos maires soient contraints de réparer eux-mêmes des poteaux téléphoniques cassés? Qu’ils ne puissent plus être en lien avec leurs administrés faute de ligne? Que l’ouverture d’une ligne prenne plus de six mois et la réparation des semaines? C’est malheureusement ce que nous vivons, dans la Drôme comme dans de nombreuses campagnes françaises. Alors que nous, élus engagés, nous battons pour le dynamisme et l’attractivité de nos campagnes, nous constatons que des services de base comme le simple accès à une ligne fixe ne sont pas garantis.

La loi prévoit que l’accès à la téléphonie fixe doit être fourni à chaque citoyen. L’État a signé en 2017 une convention de trois ans avec l’opérateur Orange pour en assurer l’effectivité, en pilotant le contrôle du service avec des indicateurs nationaux.

La réalité derrière ces indicateurs est tout autre : des territoires ruraux, représentant ‘peu de lignes’, sont négligés, abandonnés. Preuve en est qu’Orange a été mis en demeure en 2018 par l’Arcep, l’autorité de régulation, à hauteur de 1 milliard d’euros pour non-respect de ses obligations. Après un bref et léger sursaut, nous constatons que rien n’a changé.

Ces situations restent sans réponse des semaines, parfois des mois durant, alors que l’opérateur est censé intervenir sous quarante-huit heures

La situation que nous vivons est le résultat d’années de mépris, de négligence, de dégâts réparés partiellement. Des poteaux penchés, cassés ou effondrés bordent nos routes. Les fils électriques distendus tombent sur les arbres ou traînent sur le sol, quand ils ne sont pas arrachés. L’intervention de sous-traitants non qualifiés vient parfois détériorer une situation déjà délicate. Malgré des efforts réguliers, répétés, conciliants des élus, ces situations restent sans réponse des semaines, parfois des mois durant, alors que l’opérateur est censé intervenir sous quarante-huit heures.

Si ces lignes en cuivre ont vocation à être remplacées par la fibre, nous ne pourrons nous en passer pendant encore au moins dix ans. D’ici là, nous en sommes cruellement dépendants.

Récemment, la convention avec Orange s’est achevée et le Parlement a voté une définition plus ambitieuse du service universel, qui prévoit un accès au haut débit Internet en plus de la téléphonie fixe, qui sera déclinée dans une nouvelle convention.

Seul un effort inédit et immédiat de l’opérateur, couplé au contrôle vigilant, renforcé et territorialisé des pouvoirs publics, permettra d’améliorer la situation. Pour la future convention de service, les indicateurs de suivi devront être à maille infra-départementale et refléter la réalité du monde rural. À l’heure du télétravail et de la télémédecine, il y va de la sécurité des personnes comme de notre attractivité.

Plus que jamais, nous devons porter l’exigence et l’ambition d’un égal accès au droit pour tous nos territoires. C’est une question de dignité républicaine.”

Célia de Lavergne, députée de la Drôme, et 215 maires et élus ruraux :

  • Denis Benoit, président de la CC du Crestois et du Pays de Saillans et maire d’Aouste-sur-Sye
  • Fabienne Simian, présidente de la CC de Dieulefit-Bourdeaux et maire d’Eyzahut
  • Alain Matheron, président de la CC du Diois et premier adjoint de Lus-la-Croix-Haute
  • Jean-Michel Catelinois, président de la CC Drôme Sud Provence et maire de Saint-Paul-Trois-Châteaux
  • Patrick Adrien, président de la CC Enclave des Papes – Pays de Grignan et maire de Valréas
  • Pierre-Louis Fillet, président de la CC du Royans-Vercors et maire de Saint-Julien-en-Vercors
  • Jean Serret, président de la CC du Val de Drôme en Biovallée et maire de Eurre
  • Stéphane Deconinck, vice-président de la CC des Baronnies en Drôme Provençale et maire de Montaulieu
  • Isabelle Bizouard, maire de Die
  • Pierre Combes, maire de Nyons
  • Dominique Arnaud, maire d’Aleyrac
  • Gérard Crozier, maire d’Allex
  • Bernard Carreres, maire d’Ambonil
  • Michel Bois, maire d’Arnayon
  • Marc Hamard, maire d’Arpavon
  • Karine Poirée, maire d’Aubenasson
  • Eric Richard, maire d’Aubres
  • Joël Boeyaert, maire d’Aucelon
  • Annie Feuillas, maire d’Aulan
  • Jean-Christophe Aubert, maire d’Aurel
  • Denis Lattard, maire d’Autichamp
  • Lionel Fougeras, maire de Ballons
  • Patrick Brochier, maire de Barcelonne
  • Michelle Philippe, maire de Barnave
  • Ginès Achat, maire de Barret-de-Lioure
  • François Gautier, maire de Barsac
  • Gérard Gagnier, maire de Beaufort-sur-Gervanne
  • Isabelle Allemand, maire de Beaumont-en-Diois
  • Gabriela Molina, maire de Beaurières
  • François Gross, maire de Bellecombe-Tarendol
  • Pascal Baudin, maire de Bellegarde-en-Diois
  • Daniel Charasse, maire de Bénivay-Ollon
  • Guy Bompard, maire de Bézaudun-sur-Bîne
  • Olivier Tourreng, maire de Boulc
  • Thierry Didier, maire de Bourdeaux
  • Jean-Luc Faure, maire de Bouvante
  • Philippe Reynaud, maire de Bouvières
  • Hervé Reynaud, maire de Brette
  • Cyrille Vallon, maire de Chabrillan
  • Claude Rousset, maire du Chaffal
  • Isabelle Plasse, maire de Chalancon
  • Michel Vartanian, maire de Chamaloc
  • Maurice Boissout, maire de Chamaret
  • Thierry Alleoud, maire de Charens
  • Frédéric Teyssot, maire de Chastel-Arnaud
  • François Bellier, maire de Châteaudouble
  • Philippe Cahn, maire de Châteauneuf-de-Bordette
  • Erick Vanoni, maire de Châtillon-en-Diois
  • Sébastien Roustan, maire de Chauvac-Laux-Montaux
  • Maryannick Garin, maire de Clansayes
  • Gilbert Chareyron, maire de Cliousclat
  • Philippe Ribière, maire de Cobonne
  • Carole Cheyron-Deslys, maire de Colonzelle
  • Séverine Bouit, maire de Combovin
  • Jean-Pierre Fabre, maire de Comps
  • Jean-Claude Brus, maire de Condorcet
  • Yoann Gronchi, maire de Cornillac
  • Denis Conil, maire de Cornillon-sur-l’Oule
  • Lionel Vincent, maire de Crupies
  • Patrick Ledoux, maire de Curnier
  • Christian Bussat, maire de Dieulefit
  • René Esteoulle, maire de Divajeu
  • Philippe Inard, maire de Echevis
  • Pierre Angibaud, maire d’Establet
  • Georges Roméo, maire d’Eygalayes
  • Gérard Truphemus, maire d’Eygaliers
  • Roland Filz, maire d’Eygluy-Escoulin
  • Sébastien Dupoux, maire d’Eyroles
  • Loïc Morel, maire de Félines-sur-Rimandoule
  • Jean-Michel Gaudet, maire de Francillon-sur-Roubion
  • David Garayt, maire de Gigors-et-Lozeron
  • Jean-Paul Xatard, maire de Grane
  • Daniel Chauvin, maire de Gumiane
  • Brigitte Chevrot, maire de La Bâtie-des-Fonds
  • Patrice Escoffier, maire de La Baume-de-Transit
  • Marc-André Barbe, maire de La Bégude-de-Mazenc
  • Jean-Michel Tarin, maire de La Chapelle-en-Vercors
  • Pascal Cirer-Methel, maire de La Charce
  • Jean-François Lémery, maire de La Chaudière
  • François Laplanche-Servigne, maire de La Garde-Adhémar
  • Laurent Combel, maire de La Motte-Chalancon
  • Nicolas Peyretout, maire de La Motte-Fanjas
  • Pierre Boutarin, maire de La Répara-Auriples
  • Christian Bonnet, maire de La Roche-sur-Grane
  • Jean-Marc Pelacuer, maire de La Rochette-du-Buis
  • Renée Maoui, maire de Laborel
  • Philippe Magnus, maire de Lachau
  • Brigitte Duc, maire de Lemps
  • Jacqueline Charve, maire de Léoncel
  • Hélène Mouly, maire des Granges-Gontardes
  • Martine Julien, maire de Lesches-en-Diois
  • Francis Fayard, maire de Livron-sur-Drôme
  • Claude Aurias, maire de Loriol-sur-Drôme
  • Laurent Bernard, maire de Lus-la-Croix-Haute
  • Jean-Marc Valla, maire de Malissard
  • Jean-Paul Eymard, maire de Marignac-en-Diois
  • Jean-Marc Favier, maire de Menglon
  • Augustin Clément, maire de Mérindol-les-Oliviers
  • Odile Tacussel, maire de Mévouillon
  • Christian Cornillac, maire de Mirabel-aux-Baronnies
  • Jean-Philippe Roche, maire de Mirabel-et-Blacons
  • Benoit Maclin, maire de Mirmande
  • Aline Guilhot, maire de Miscon
  • Frédéric Roux, maire de Mollans-sur-Ouvèze
  • Gérard Coupon, maire de Montauban-sur-l’Ouvèze
  • Patrice Mery, maire de Montbrison-sur-Lez
  • Hélène Sylvestre, maire de Montclar-sur-Gervanne
  • Bernard Vallon, maire de Montélier
  • Sylvie Garnero, maire de Montferrand-la-Fare
  • Jean-Noël Pasero, maire de Montfroc
  • Géraud Bontoux, maire de Montguers
  • Marc Guy, maire de Montjoyer
  • Michel Leclercq, maire de Montlaur-en-Diois
  • Claire Gery, maire de Montmaur-en-Diois
  • Olivier Rochas, maire de Montmeyran
  • Jean-Marc Bouvier, maire de Montoison
  • Christian Bartheye, maire de Montréal-les-Sources
  • Yves Feydy, maire de Montségur-sur-Lauzon
  • Bruno Servian, maire de Montvendre
  • Thierry Patonnier, maire de Mornans
  • Gilbert Pourret, maire d’Omblèze
  • Maurice Rousset, maire d’Orcinas
  • Jean-Jacques Dallon, maire d’Oriol-en-Royans
  • Stéphane Cousin, maire d’Ourches
  • Guy Vial, maire du Pègue
  • Mireille Quarlin, maire de Pelonne
  • Marielle Peyroche, maire de Pennes-le-Sec
  • Georges Deloche, maire de Peyrus
  • Gilles Magnon, maire de Piégros-la-Clastre
  • Alain Gallu, maire de Pierrelatte
  • Gilles Ravoux, maire de Pierrelongue
  • Philippe Ledésert, maire des Pilles
  • Louis Aicardi, maire de Plaisians
  • Daniel Cotton, maire de Plan-de-Baix
  • Jean-Luc Bouchet, maire du Poët-Célard
  • Monique Balduchi, maire du Poët-Sigillat
  • Daniel Rolland, maire de Ponet-et-Saint-Auban
  • Dominique Vinay, maire de Pontaix
  • Robert Palluel, maire de Pont-de-Barret
  • Valérie Joubert, maire de Poyols
  • Gaëlle Vincent, maire de Pradelle
  • Nadine Ben Amor, maire de Propiac
  • Michel Giles, maire de Puy-Saint-Martin
  • Norbert Perrin, maire de Réauville
  • Jean-Pierre Rouit, maire de Recoubeau-Jansac
  • Olivier Salin, maire de Rémuzat
  • Marcel Bonnard, maire de Rimon-et-Savel
  • Stéphane Galdemas, maire de Rochebaudin
  • Jean-Louis Nicolas, maire de Rochebrune
  • Claude Antelme, maire de Rochechinard
  • Jean-Baptiste Le Moyne De Martigny, maire de Rochefourchat
  • Didier Besnier, maire de Rochegude
  • Marc Liotard, maire de Roche-Saint-Secret-Béconne
  • Anne-Line Guironnet, maire de Romeyer
  • Christiane Robert, maire de Roussas
  • Didier Giren, maire de Roussieux
  • Marc Bompard, maire de Sahune
  • François Brocard, maire de Saillans
  • Jacques Armand, maire de Saint-Agnan-en-Vercors
  • Maryline Wolf-Roy, maire de Saint-Andéol
  • Véronique Chauvet, maire de Saint-Auban-sur-l’Ouvèze
  • Jean-Louis Baudouin, maire de Saint-Benoit-en-Diois
  • Robert Delage, maire de Saint-Dizier-en-Diois
  • Nadine Monge, maire de Sainte-Croix
  • Olivier Testoud, maire de Sainte-Eulalie-en-Royans
  • Muriel Brédy, maire de Sainte-Euphémie-sur-Ouvèze
  • Nadège Rancon, maire de Sainte-Jalle
  • Fabienne Barbanson, maire de Saint-Ferréol-Trente-Pas
  • Christian Morin, maire de Saint-Jean-en-Royans
  • Michel Tuz, maire de Saint-Julien-en-Quint
  • Olivier Beraldin, maire de Saint-Laurent-en-Royans
  • Andrée Séquier, maire de Saint-Martin-en-Vercors
  • Henri Bouchet, maire de Saint-Martin-le-Colonel
  • Jean Garcia, maire de Saint-Maurice-sur-Eygues
  • Alain Labrot, maire de Saint-May
  • Rémi Saudax, maire de Saint-Nazaire-en-Royans
  • Daniel Fernandez, maire de Saint-Nazaire-le-Désert
  • Christine Forot, maire de Saint-Restitut
  • Patricia Puc, maire de Saint-Sauveur-en-Diois
  • Christelle Ruysschaert, maire de Saint-Sauveur-Gouvernet
  • Valéry Friol, maire de Saint-Thomas-en-Royans
  • Jean-Pierre Leydier, maire de Salettes
  • Bernard Doutres, maire de Salles-sous-Bois
  • Raphaël Paillot, maire de Saou
  • Alain Franchinous, maire de Séderon
  • Maurice Mollard, maire de Solaure-en-Diois
  • Gérard Hortail, maire de Solérieux
  • Pierre Mossaz, maire de Souspierre
  • Geneviève Moulins Dauvilliers, maire de Soyans
  • Hervé Médina, maire de Suze-la-Rousse
  • Jean-Louis Martin, maire de Taulignan
  • Franck Mucke, maire de Teyssières
  • Jean-Jacques Bruschini, maire d’Upie
  • Jacques Guilleminot, maire de Vachères-en-Quint
  • Christian Fau, maire de Valaurie
  • Jean Aramburu, maire de Valdrôme
  • Charles Meyssonnier, maire de Val-Maravel
  • Janine Amar, maire de Valouse
  • Thomas Ottenheimer, maire de Vassieux-en-Vercors
  • Claude d’Herouville, maire de Vaunaveys-la-Rochette
  • Jean-Claude Pichon, maire de Venterol
  • Franck Monge, maire de Vercheny
  • Gérard Pez, maire de Vercoiran
  • Roger Allemand, maire de Véronne
  • Alain Nicolas, maire de Vers-sur-Méouge
  • Alain Jeune, maire de Vesc
  • Marianne Roux, maire de Villebois-les-Pins
  • Jason Duquenoy, maire de Villefranche-le-Château
  • Claude Somaglino, maire de Vinsobres
  • Charles Brès, maire de Volvent
  • Christian Rey, vice-président de la CC du Diois et conseiller municipal de Die
  • Christine Marion, adjointe au maire de Grane
  • Bruno Cuvelard, adjoint au maire de Rémuzat
  • Alain Delforge, conseiller municipal d’Eygluy-Escoulin
  • Christian Caillet, conseiller municipal de La Répara-Auriples

Selon l’UFC – Que Choisir : Confinement, le désolant révélateur de l’intolérable fracture numérique !

Classes virtuelles, télétravail, dématérialisation des procédures administratives, commerce en ligne, visioconférences avec les amis et la famille,  sans oublier la télémédecine ou l’attestation dérogatoire,  la période de confinement souligne plus que jamais qu’Internet, comme l’a toujours plaidé l’UFC-Que Choisir, n’est pas un luxe mais bien une impérieuse nécessité. Or, pas moins de 7 millions de Français en sont toujours purement et simplement privés !

La mise en place en urgence de la plateforme solidarité numérique, qui entend simplifier et vulgariser les démarches en ligne pour les personnes souffrant d’« illectronisme » (terme bien pompeux pour qualifier les personnes non familières de l’outil informatique et de l’Internet), n’est qu’un pis-aller… Le fléau est bel et bien l’absence ou la mauvaise connexion d’un grand nombre de Français, 10% n’ont pas une qualité minimale, et 20%, soit près de 13 millions quand même, n’ont pas le haut débit permettant de surfer dans des conditions normales.

Le pire est que cette fracture numérique est géographique, ciblant les ménages ruraux qui souffrent déjà de la raréfaction des services publics, et de la fracture sanitaire avec les déserts médicaux…  Et la double peine, c’est qu’ils paient le même tarif d’abonnement pour des débits moitié moindres que les urbains. D’après notre Observatoire de l’Internet fixe, près de la moitié des ménages (47%) de 10 départements ruraux, n’ont ainsi pas accès au haut débit, quand plus de 1 sur 5 n’ont même pas une qualité minimale (3Mb/s).

Plus que jamais, le gouvernement doit comprendre qu’il faut changer de braquet. Plutôt que d’asséner des objectifs calendaires chimériques « le très haut débit pour tous en 2022 » ( d’après nos projections, ce ne sera pas avant 2029), et même du haut débit pour tous en 2020, l’exécutif en lien avec les opérateurs doit investir dans une montée en débit sur le réseau cuivre, en priorisant les investissements sur les zones rurales, qui ont été les laissées-pour-compte du déploiement de la fibre car moins rentables pour les opérateurs…

Voilà un nouveau chantier pour le gouvernement à l’heure du « rien ne sera plus comme avant » !
En attendant, je vous invite à tester votre connexion en utilisant notre outil gratuit… Bon courage à tous !

Alain Bazot, Président de l’UFC – Que Choisir, publié le : 10/04/2020

Confinés et sans internet, le scandale des citoyens discriminés

Communiqué de presse

« Lorsque vous êtes chez vous, connectez tous vos appareils à votre box, soit avec des câbles réseau soit via le wi-fi. Cela inclut les smartphones, gros consommateurs de données. »

 Voici une des recommandations diffusées par Orange, gestionnaire du réseau de téléphonie fixe sur tout le territoire français, pour éviter la saturation du réseau mobile.

Pour nombre d’habitants des territoires ruraux cette recommandation est une véritable provocation, eux qui sont parfois privés de téléphone fixe et donc d’internet durant des semaines, des mois et pour certains des années.

Nous rappelons qu’Orange a la charge d’un service qui se doit d’être universel et permanent  et surtout se doit de respecter les principes d’égalité, de continuité, d’adaptabilité auquel il est soumis par le code des postes et communications électroniques de l’ARCEP.

Aujourd’hui l’épidémie de coronavirus nous impose le confinement à la maison, ce qui se traduit pour les adultes à travailler via le télétravail, pour les enfants à suivre leurs cours mis en ligne sur internet, pour les entreprises à poursuivre leur activité en gérant à distance leurs salariés, leurs fournisseurs et leurs clients. Mais comment faire quand la connexion à internet est défectueuse ou inexistante ?

La fracture numérique n’est pas seulement une question de pratiques et d’usages dont une partie de la population serait dépourvue il s’agit aussi d’infrastructures (poteaux, câbles, répartiteurs, boîtiers) détériorées au point de priver des habitants de l’accès au téléphone et à internet.

Malgré des plaintes déposées par des élus, malgré les mises en demeure de l’ARCEP, le réseau de téléphonie fixe géré par Orange n’a cessé de se dégrader, particulièrement dans les zones rurales, constituant une atteinte grave et discriminatoire à l’égal accès au service universel.

Aujourd’hui, avec le confinement, nous mesurons à quel point est vital l’accès au téléphone et à internet pour les familles, pour les personnes isolées, pour les entreprises.

C’est pourquoi, avant même le confinement, des collectifs d’usagers se sont constitués exigeant de l’État -actionnaire à 27% de Orange- et du gestionnaire du réseau, Orange -dont les bénéfices net en 2019 sont de 3 milliards d’euros – la remise en état immédiate du réseau pour que soit garanti à tous les habitants de ce pays un accès fiable et permanent au téléphone et à internet.

 

Orange j’enrage !

Collectif des usagers victimes de pannes internet et téléphone

Le confinement, un puissant révélateur des inégalités d’accès à Internet

Par Pierre Manière  La Tribune

Les 600 habitants de Saint-Malon-sur-Mel (Ille-et-Vilaine) devaient disposer de la fibre en 2018. Mais il doivent encore se débrouiller avec un ADSL de mauvaise qualité.
Les 600 habitants de Saint-Malon-sur-Mel (Ille-et-Vilaine) devaient disposer de la fibre en 2018. Mais il doivent encore se débrouiller avec un ADSL de mauvaise qualité. (Crédits : Google Street View)
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Pour les communes mal couvertes en Internet fixe et en téléphonie mobile, le confinement est d’autant plus difficile à vivre.
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A Saint-Malon-sur-Mel, le maire, Gilles le Metayer, est pour le moins désabusé. Dans cette commune située à 40 kilomètres à l’ouest de Rennes, près de la mythique forêt de Brocéliande, « la connexion Internet n’a jamais été formidable », euphémise-t-il. D’après l’élu, la fibre devait arriver en 2018. Mais aujourd’hui, elle n’est toujours pas là. Au grand dam du maire, qui explique que les travaux ont pris beaucoup de retard. Ici, c’est Orange qui est censé apporter le très haut débit. Mais pour ce faire, l’opérateur historique a fait appel à une cascade de sous-traitants. Et l’un d’entre eux, Axians, qui appartient à Vinci Energie, s’est montré « totalement défaillant », peste l’élu. « Ils m’ont notamment dit qu’ils n’avaient pas de poteaux pour faire passer la fibre », précise-t-il. Résultat : ses 600 administrés doivent encore composer, tant bien que mal, avec un ADSL à bout de souffle.

Côté mobile, la situation n’est pas meilleure. « Des fois on a un peu de 3G, un peu de 4G, et des fois rien du tout », raconte Gilles le Metayer. Il espère qu’un nouveau pylône de téléphonie mobile verra vite le jour. D’autant que la commune a été classée en zone à couvrir de manière prioritaire par le gouvernement dans un arrêté publié en décembre dernier. En attendant, certains habitants vivent, au quotidien, un chemin de croix.

« Certains n’ont ni Internet fixe ni mobile, explique le maire. Pour eux, c’est la double peine. Les gens se débrouillent comme ils peuvent pour avoir un peu de réseau. Parfois, il faut sortir un peu de chez-soi pour capter quelque chose. D’autres se rendent chez des voisins mieux servis… »

« L’enseignement à distance va discriminer des élèves »

Le maire ne se fait pas d’illusions : la période de confinement, qui oblige les habitants à rester chez-eux pour ne pas propager le coronavirus, sera d’autant plus difficile à vivre avec un accès à Internet de piètre qualité. « En temps normal, on sait que certains lycéens éprouvent des difficultés à accéder à Internet pour étudier… », dit-il. Dans le contexte actuel, suivre des cours à distance ou télécharger des supports pédagogiques ne sera pas facile pour tous. Dans les nombreux territoires situés en zones « blanches » ou « grises » où, comme à Saint-Malon-sur-Mel, les réseaux sont peu performants ou inexistants, beaucoup de jeunes vont en pâtir. « L’enseignement à distance va discriminer des élèves, témoignait un professeur du Finistère, jeudi dernier, au site Reporterre. Un village de campagne breton n’aura pas le même débit Internet qu’une grande ville. »

Les collégiens, lycéens et étudiants ne sont pas les seuls touchés. Sans réseaux performants, il est de facto plus difficile, voire impossible, de télétravailler, de s’informer, de garder contact avec ses proches, d’effectuer une consultation médicale à distance, ou de se divertir avec un film en streaming. Le confinement va, à cet égard, braquer les projecteurs sur la fracture numérique qui mine le pays depuis des années. C’est pour combler cette inégalité que les députés Eric Bothorel (LREM) et Laure de la Raudière (Les Constructifs) ont appelé, il y a deux ans, l’Etat à couvrir l’intégralité du territoire national en fibre optique d’ici à 2025. En matière d’Internet fixe, ils ne veulent pas que d’autres technologies moins performantes soient pérennisées dans certains territoires peu peuplés. Au risque d’aggraver, encore, la fracture numérique vis-à-vis des grandes villes.

Dans de nombreux pays où des mesures de confinement ont été adoptées, le problème de la fracture numérique resurgit dans le débat public. C’est le cas aux Etats-Unis. Au pays de l’Oncle Sam, Geoffrey Starks, commissaire à la FCC, le gendarme des télécoms, a pris la plume pour appeler les pouvoirs publics à se mobiliser. Dans une tribune publiée dans le New York Times jeudi dernier, et intitulée « Pour lutter contre le coronavirus, des millions d’Américains ont encore besoin d’Internet », il appelle l’exécutif à prendre ses responsabilités pour réduire, sans traîner, les inégalités d’accès au numérique. Avec les mesures de confinement, il estime que « les prochaines semaines jetteront une lumière crue sur la réalité, déjà cruelle, de la fracture numérique ».

« Des dizaines de millions d’Américains ne peuvent pas accéder ou ne peuvent pas s’offrir de connexion haut débit à domicile, poursuit le cadre de la FCC. Or ils en ont besoin pour le télétravail, accéder aux informations médicales et permettre aux jeunes d’étudier lorsque les écoles sont fermées. » Selon lui, « lorsque la santé publique nécessite une distanciation sociale, voire une mise en quarantaine, la réduction de la fracture numérique devient un enjeu central pour notre sécurité, et préserver notre situation économique ». Un constat qui vaut aussi pour la France.