Orange : le chaud et le froid

Nous n’avons pas eu le temps de rédiger un article sur ce que nous considérons comme de bonnes nouvelles que se produit un accident gravissime : une panne géante affectant les numéros d’urgence dans tout le pays.

Commençons donc par les bonnes nouvelles : le plan d’action annoncé fin mai par Orange visant à améliorer la qualité du réseau cuivre. ENFIN ! Enfin l’objet de notre bataille depuis presque 2 ans devient une évidence pour l’État et pour l’opérateur : le réseau cuivre est le seul réseau qui donne accès au téléphone fixe et à internet à des millions de citoyens habitant dans les zones rurales, il était donc vital de le restaurer et de l’entretenir. Pour le détail des annonces voir : Plan de relance qualité du réseau cuivre, ministère de l’économie et des finances.

Rappelons que nous avons lancé l’alerte en octobre 2019 sur les pannes prolongées et à répétition que nous subissons et qu’à ce moment-là nous n’avons pas reçu de soutien de la plupart des élus locaux que nous avons sollicités. Un élu nous a dit ” vous savez à qui vous vous attaquez ? à un MONSTRE ! Orange est une multinationale qui engrange des milliards de bénéfice en Afrique et en Israël, que comptent les quelques milliers d’habitants de zones rurales en France ? ” Nous sommes donc soulagés de voir qu’aujourd’hui ministres et élus s’accordent pour exiger d’Orange l’application du service universel du téléphone et d’internet à l’ensemble des citoyens de ce pays. Bien entendu nous restons vigilants sur la concrétisation des actions annoncées, en notant d’ores et déjà que les collectifs d’usagers ne font pas partie des instances créées pour évaluer la situation de la téléphonie dans chaque département.

Cependant, la proposition de fournir un téléphone mobile aux abonnés en panne ne doit pas être un prétexte pour ne pas réparer dans des délais décents le réseau, d’autant que les plus touchés sont justement ceux qui n’ont pas de réception mobile correcte et à qui cette proposition fait une belle jambe.

Quant au froid ce n’est malheureusement pas une métaphore puisque plusieurs personnes seraient décédées à cause de la panne qui a mis hors service pendant 7 heures tous les numéros d’urgence.

Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France, dénonce un accident qui était prévisible : Je le répète depuis des années. J’ai vécu la période de France Télécom, des PTT, d’un opérateur public unique. C’était notre interlocuteur, nous pouvions discuter avec lui de la sécurisation de notre système. Aujourd’hui, nous avons plusieurs opérateurs, quatre grands opérateurs, c’est très compliqué pour nous. Et l’État n’a pas pris ses responsabilités et n’a pas imposé à ces opérateurs des investissements pour assurer la sécurité des secours de la population. Aujourd’hui, le système téléphonique est piloté par informatique. On sait que l’informatique nous apporte de grands bénéfices, mais que ce sont des systèmes fragiles et qu’il faut absolument, pour des missions qui sont des missions essentielles pour la population, s’assurer d’une sécurisation du système. Et pour cela, il faut des investissements lourds. Mais entre l’État qui nous demande des économies et des opérateurs téléphoniques qui ne pensent qu’à gagner les parts de marché, on ne sécurise pas les numéros essentiels pour la sécurité de la population. Et ça, c’est scandaleux.” voir entretien sur France Info.

Les syndicats d’Orange pointent quant à eux une politique industrielle défaillante qui a conduit à la perte de maîtrise des réseaux. La CGT FAPT dénonce en bloc « un sous-investissement chronique dans les réseaux », une « politique de l’emploi mortifère et des pertes de savoir-faire qui rallongent les délais de rétablissement », des « exigences de délais qui suppriment les tests en amont » ainsi que « le transfert massif d’activités vers les constructeurs et vers la sous-traitance offshore qui accentuent toujours plus la perte de maîtrise sur nos infrastructures ». « L’État a bon dos aujourd’hui de s’offusquer (…) alors qu’en tant que premier actionnaire il a toujours validé les plans d’économie d’Orange depuis 20 ans et encouragé une politique de dividendes forts comme cela est le cas encore en 2021 », s’insurge le syndicat. voir l’article dans “20minutes”

Ce même constat nous a conduit (lorsque nous avons été auditionné par la commission parlementaire sur le service universel de téléphonie) à proposer une autre structuration des réseaux de téléphonie : séparer l’activité de gestion du réseau de celle du fournisseur d’accès en créant une structure à l’image d’Enedis, nationalisée, qui serait propriétaire des réseaux de téléphone et qui serait la seule habilitée à intervenir sur le réseau. Cette solution nous apparaît plus que jamais être la plus appropriée pour retrouver un contrôle complet du service de téléphonie fixe en France. Voir : notre rapport remis à la mission parlementaire en février 2021

Une réflexion sur « Orange : le chaud et le froid »

  1. Il y a 4 ans je suis allé déposer plainte au commissariat de XXX pour un vol de carte de crédit. Jusque-là, hélas, rien que de très habituel. Ce qui l’est moins c’est que la Police a refusé mon dépôt de plainte parce que je pouvais pas donner les 4 fois 4 chiffres qui figurent au recto de la carte, et M. le maire de XXXX auquel j’ai aussitôt demandé une audience m’a confirmé que lui aussi en serait incapable. Pas de dépôt de plainte => plus de délinquance en ville et on peut afficher le sourire de “Lou Ravi” en hurlant urbi et orbi que la délinquance est en chute libre à XXXX
    Lorsque les numéros d’urgence ne fonctionnent plus, on ne peut plus appeler les secours et difficilement se faire admettre à l’hôpital. En cette période il s’ensuit une rupture temporaire dans le flot des hospitalisations et, partant, le nombre des envois en réanimations. Nos dirigeants vont-ils oser constater un net recul de la pandémie ?
    Certes un audit est, paraît-il, en cours, comme pour les lignes de téléphone et, comme le dit M. CASTEX, il ne faut pas que ça recommence. Objection M. CASTEX pour ne pas re-commencer cela il faudrait d’abord que ça s’arrête, et ça n’en prend pas le chemin.

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