Hebdo de l’Ardèche : Les agriculteurs haussent le ton contre Orange !

Par Flora Chaduc dans l’Hebdo de l’Ardèche, édition du 24 décembre 2020

Fanny Métrat, paysanne dans la commune d'Antraigues-sur-Volane, a connu sept longues semaines sans téléphone.

Fanny Métrat, paysanne dans la commune d’Antraigues-sur-Volane, a connu sept longues semaines sans téléphone.
Face aux problèmes réguliers de téléphonie fixe, les paysans montent au créneau.

À Antraigues-sur-Volane, un couple de paysans s’est battu durant plusieurs semaines pour obtenir la réparation de leur ligne téléphonique. Fanny Métrat et son mari habitent et travaillent dans un fond de vallée, à six kilomètres du village. Ils combinent hameau isolé et zone blanche. Autant dire que la téléphonie fixe leur est indispensable. Ils sont pourtant restés sept semaines sans. Aujourd’hui, Fanny pousse un coup de gueule contre Orange et le délabrement du réseau.

Une absence de solution

Fanny Métrat se souviendra longtemps de l’automne 2020 quand, en pleine saison de vente des agneaux, sa ligne téléphonique l’a lâchée. L’éleveuse de brebis et cultivatrice de châtaignes et pommes de terre s’est alors retrouvée isolée, sans possibilité de vente de ses produits en vente directe… Eh oui, sans fixe, pas d’Internet. “Durant sept semaines, nous n’avons pas eu de réseau fixe. On nous a proposé des airbox, de muter les communications sur nos portables… Mais nous sommes en zone blanche, donc ça ne servait à rien !”fustige-t-elle. Plusieurs fois, des techniciens se rendent sur place : la première, le téléphone remarche durant cinq heures, puis s’éteint de nouveau. Parfois, les rendez-vous calés sont annulés au dernier moment par le sous-traitant. À d’autres occasions, les techniciens affirment finalement ne pas pouvoir intervenir. Lorsque Fanny Métrat essaie de rappeler au numéro du sous-traitant, personne ne décroche. Pour couronner le tout, le couple est titulaire d’un abonnement professionnel, mais voit sa situation ne jamais passer en priorité. “Nous avons un voisin en résidence secondaire qui a vu son dépannage se faire plus rapidement que le nôtre, s’exaspère l’agricultrice.Tous les services se renvoyaient la balle et ne comprenaient pas que nous ne puissions pas utiliser notre mobile… Ça me rend dingue : depuis la privatisation, il n’y a aucun entretien des lignes. On pourrait au moins s’attendre à une politique de priorisation pour les entreprises, qui plus est en zone blanche !”

Internet, indispensable

Pour le couple, cela tombe au plus mauvais moment. C’est la période à laquelle il reçoit énormément d’appels pour des commandes d’agneau. “Notre activité a été directement mise en péril : nous sommes tout en vente directe. Les commandes se font par téléphone et internet. Nous avons passé des soirées loin de chez nous, dans la montagne, dans la voiture au village, pour choper du réseau mobile et répondre aux appels. Je ne devrais pas le dire, mais avec mes responsabilités syndicales, j’ai dû aller à l’encontre des mesures sanitaires durant le confinement pour pouvoir assister à des réunions en visioconférences.”

De plus, les agriculteurs aussi sont soumis à une forte dématérialisation de leurs démarches administratives. “La téléphonie et Internet, ce n’est pas que pour du loisir,complète Carole Pouzard, porte-parole de la Confédération Paysanne de l’Ardèche. En agriculture, on travaille de plus en plus avec ça pour les déclarations MSA, à la DDT, etc. Tout ce que l’on fait en administratif passe par Internet”. Peut-être encore plus alors que le confinement battait son plein.

Un problème plus politique que technique ?

Après moult rebondissement, les techniciens découvrent le problème : la ligne est défectueuse car des rongeurs ont mangé le câble protecteur, laissant les fils téléphoniques à la merci des aléas climatiques. “Les six kilomètres défectueux n’ont pas été remplacés, souligne Fanny Métrat. Les techniciens ont seulement fait une déviation pour se raccorder un peu plus loin sur le câble”. Du bricolage en résumé et sept semaines de coupure.

Elle rappelle aussi qu’elle subit des micros-coupures depuis de longues années, et fustige qu’il n’y ait aucun suivi de l’état des lignes téléphoniques. “Ce n’est plus tenable : la mission de service public universel n’existe plus du tout. L’État devrait mettre la pression à Orange. Depuis 11 ans que nous sommes installés, c’est de pire en pire. Ce câble défectueux est toujours là et, dans le hameau, on tombe en panne à tour de rôle. Le satellite, on a essayé, ça ne marche pas non plus. Si Orange ne bouge pas, des hameaux vont être délaissés, souvent habités par des agriculteurs. C’est un problème politique aussi : si l’État tient tant à ses agriculteurs, qu’ils nous donnent les moyens de travailler. En ville, je ne crois pas qu’ils puissent comprendre notre situation”. Ces aléas ont aussi pesé sur le moral de l’éleveuse, qui ne sait pas si elle donnera une suite pénale à cette rupture de réseau. “J’ai tout noté, jour après jour. Pour l’instant, on continue de payer. On pourrait se lancer dans une action, mais je me demande si j’ai l’énergie pour faire reconnaître le manque à gagner engendré par cette situation. Cette histoire nous a épuisés : moralement, ça casse de faire des kilomètres pour téléphoner à Orange et d’avoir l’impression de ne pas être entendu, que personne ne bouge”.

“Il faut mettre la pression sur Orange”

Le témoignage de Fanny Métrat, comme celui d’autres paysans touchés par la même problématique, a été le point de départ d’un courrier envoyé par la Confédération Paysanne de l’Ardèche, adressé au président du Département, Laurent Ughetto. “On veut bien que les aléas climatiques causent un à deux jours de coupure, avance Carole Pouzard pour le syndicat. Mais que ça dure un mois ? On a marre de se faire mener en bateau ! Rien n’est fait, il faut que les élus mettent la pression sur Orange.”Alors que la téléphonie fixe est un problème récurrent pour les agriculteurs, alors que la 5G est en passe d’arriver dans les villes, les paysans, eux, attendent toujours l’ADSL. “On ne va pas attendre 10 ans de plus que la fibre arrive dans nos villages !”

Télécharger l’article complet : cliquer sur l’image

2 réflexions sur « Hebdo de l’Ardèche : Les agriculteurs haussent le ton contre Orange ! »

  1. même les capitalistes les plus ardents reconnaissent qu’une entreprise en situation de monopole a l’obligation d’agir dans l’intérêt du public et doit répondre de ses actes. Or, tout le monde voit clairement que dans les moments de crise, le service public reste encore la meilleure réponse.

  2. Nous sommes nombreux à etre totalement délaissés sur des zones qui n’interessent pas les FAI.
    Pour ma part 2 ans et 6 mois il y a quelques années de pannes interrompues avec Orange.Juste 2 longueurs de cables à changer.Cela s’est terminé au tribunal à faire les marchands de tapis avec le juriste d’Orange.Lamentable!
    Je pense souvent à la privatisation d’EDF et je pleure!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.